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Fortes chaleurs : l’Extrême-Nord et le Nord suffoquent

Avec des températures allant souvent à 48°C, les vagues de chaleur qui s’abattent actuellement sur ces régions septentrionales du pays sont parmi les plus rudes jamais vécues.

Par Célestin TABOULI Succès, depuis Maroua

Il est à peine 11h, Frederick NGABA, un sexagénaire à la retraite résident le quartier Yelwa à Garoua dans la région du Nord-Cameroun, est déjà allongé sur une natte aménagée sous un arbre, non loin de sa maisonnée. Sans chemise et déchaussé, une bouteille d’eau et un éventail en main, il se mouille régulièrement le corps, se ventile et ingurgite quelques gorgées d’eau. Le geste est régulièrement repris ; ceci pendant son séjour sous cet arbre. Plus loin, c’est un autre groupe des personnes de troisième âge qui ont carrément élu domicile sous un petit hangar de fortune, chacun tenant une serviette imbibée d’eau avec laquelle il applique constamment sur le corps pour se rafraîchir. Tout ceci pour atténuer la vague de chaleur qui s’abat sur la région. Pour Mme ZAMBO Rosine, une ménagère rencontrée au marché de Garoua, « avec la chaleur de cette année, plus besoin d’attendre après la mort pour être plongé dans le brasier éternel de la géhenne! L’enfer, c’est déjà sur terre ». Lance-t-elle. Et d’ajouter « Les populations de la région du Nord y sont plongées depuis le début du mois d’avril, qu’ils soient des pécheurs non repentants ou des saints! » Comme ces habitants de la ville de Garoua, ce sont toutes les populations non seulement de la région du Nord, mais également celle de l’Extrême-Nord qui suffoquent sous un soleil de plomb jamais vécu par le passé. « J’ai 65 ans, mais je vous assure que je n’ai jamais vécu une pareille chaleur depuis ma naissance » confie Moussa Sadjo, habitant du quartier Douggoi à Maroua, dans la région voisine de l’Extrême-Nord

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En effet, les populations de ces deux régions les plus septentrionales du Cameroun, au climat soudano-sahélien, subissent depuis quelques semaines, les affres d’un soleil d’une générosité exagérée, dont les rayons de feu, au lieu de faire briller l’astre qui se lève tous les matins à l’Est et se couche à l’Ouest, pour réchauffer les terriens, brûlent tout sur leur passage. Une situation qui dure avec une vague de chaleur record qui s’abat impitoyablement tous les jours sur les populations de ces régions avec des températures très inhabituelles qui frôlent parfois les 47 °C et 48°C à l’ombre. Ce qui n’était jamais arrivé auparavant à cette période de l’année. « Il s’agit de la température la plus élevée jamais mesurée au début du mois d’avril dans ces deux régions », à en croire les témoignages des plus anciens, recueillis dans ces deux parties du Cameroun.

Affleurements volcaniques du pays Kapsiki (Maroua)

 

La particularité de cette vague de chaleur de cette année est que même la nuit, les températures peinent à redescendre en dessous des 35 degrés. Parfois, cette chaleur nocturne aussi rebelle que celle diurne, est accompagnée de poussières soulevées par un vent chaud qui dévore tout sur son passage. Ce qui impose un autre type de comportements aux populations. Lesquelles sont obligées de dormir à la belle étoile pour espérer un tout petit peu de fraîcheur. «Les gens dorment pratiquement dehors en cette période de canicule.  Moi est toute ma famille, nous nous installons carrément dans la cour de la maison à la tombée de la nuit où nous passons notre nuit à la belle étoile après avoir arroser le sol à cause de la chaleur qui nous étouffe. Jusque-là on n’échappe toujours pas à la furie de cette chaleur aussi violente jamais vécue. »  Confie Moussa Djibrilla, un habitant du quartier Doualaré à Maroua, un quartier logé au pied d’une chaine montagneuse.

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Selon les climatologues, la flambée des températures de cette année est indubitablement imputable au changement climatique. Et les conséquences de cette vague de chaleur sans précédent tant par son intensité que sa durée se répercutent dans tous les secteurs. Selon les experts de l´observatoire national sur les changements climatiques (Onacc), il y a des répercussions considérables sur la santé publique, l´agriculture, l´élevage, et l’environnement.

La vague de chaleur a provoqué une augmentation de décès et d’hospitalisations

Sur le plan humain, on enregistre une surmortalité difficilement quantifiable de manière précise mais dont la réalité est visible dans les urgences des hôpitaux, les morgues et les cimetières à travers les villes et villages des régions septentrionales. Il est par contre difficile  de dénombrer le nombre exact de toutes les victimes en raison du manque des données disponibles.

Maroua Carrefour l’an 2000 (Extrême-Nord Cameroun)

 

Un tour fait à l’hôpital régional de Garoua, les professionnels de la santé tirent la sonnette d’alarme sur les risques encourus en cette période de forte canicule. Ils font savoir que les populations sont de plus en plus exposées aux maladies respiratoires. Ceci au regard des particules de poussière dans l’air et à la forte vitesse des vents. Dr Moustapha SEINI, cardiologue explique que « La chaleur extrême entraîne une déshydratation parfois sévère et cela oblige le cœur à pomper plus rapidement pour envoyer le sang à la surface de la peau et évacuer la chaleur par la sueur. Si le stress imposé au cœur est trop intense et que l’effet refroidissant est insuffisant, les organes vitaux peuvent subir des dommages avec des conséquences qui peuvent s’avérer fatales » Il ajoute que « la chaleur peut être à l’origine d’une importante fatigue, allant jusqu’à mettre le cœur en souffrance, surtout quand il s’agit d’un cœur qui présente déjà une cardiopathie sous-jacente ».

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Dr TCHIKOUA, médecin généraliste de confier « Lorsque le corps se réchauffe, les vaisseaux sanguins se dilatent et s’ouvrent. Cela entraîne une baisse de la tension artérielle et oblige le cœur à travailler plus dur pour faire circuler le sang dans le corps. Ce phénomène peut provoquer des symptômes bénins, tels qu’une éruption cutanée avec démangeaisons ou des pieds enflés ». Il ajoute que les personnes les plus vulnérables sont celles ayant plus de 65 ans, les femmes enceintes et les nourrissions.

La réduction drastique de la consommation du tabac et de l’alcool, de boissons sucrées ou à forte teneur en théine et caféine en raison de leur effet diurétique, permettra par ailleurs, de limiter ces risques cardiovasculaires. Ils prescrivent également la réduction des efforts physiques trop intenses en cette période.

A l’hôpital régional de Maroua, le nombre de consultations en cardiologie et en diabétologie a considérablement été revu en hausse. Pour les patients atteints du diabète, le Dr Paulette DJEUGOUE NGALEU, Diabétologue, et enseignante à la faculté de médecine de l’université de Garoua, explique que : « La chaleur peut déséquilibrer la glycémie, c’est-à-dire le taux de sucre dans le sang ; dans un sens ou dans l’autre. Le risque d’hypoglycémie est plus élevé chez les personnes traitées à l’insuline, mais également chez celles avec des médicaments hypoglycémiants. Chez les personnes dont l’équilibre du diabète est fragile, une déshydratation peut accentuer le déséquilibre glycémique déjà existant. Dans les cas extrêmes, elle peut favoriser un coma diabétique en particulier chez les personnes âgées et les enfants ».

S’hydrater, une priorité absolue

Tous ces spécialistes de santé interviewés par nos soins à l’hôpital régional de Maroua et à celui de Garoua prodiguent quelques conseils pratiques à l’effet de passer plus sereinement les épisodes de chaleur que traversent les régions du Nord et de l’extrême-Nord du Cameroun. Pour eux, l’hydratation reste la priorité en ayant toujours à portée de main des bouteilles d’eau pour boire régulièrement même si la soif ne se fait pas ressentir.

Cette vague de chaleur a considérablement réduit les résultats de la campagne de contre saison. Ceci non seulement à travers le tarissement des sources d’eau d’irrigation d’appoint (mares et autres points d’eau) mais aussi la baisse du niveau de la nappe phréatique d’où le tarissement de certains forages agropastorales.

La réduction drastique de la consommation du tabac et de l’alcool, de boissons sucrées ou à forte teneur en théine et caféine en raison de leur effet diurétique, permettra par ailleurs, de limiter ces risques cardiovasculaires. Ils prescrivent également la réduction des efforts physiques trop intenses en cette période. Des conseils d’une importance capitale qui rentrent en droite ligne du communiqué-radio signé en date du 9 avril 2024 de sa majesté Abdoulaye YERIMA BAKARI, Lamido de Maroua invitant les populations à ne pas s’exposer au soleil, à consommer beaucoup d’eau, à ne sortir qu’en cas de nécessité et surtout d’invoquer Allah le Tout Puissant et Miséricordieux afin de faciliter le retour des pluies et de protéger les populations face cette canicule.

La production agricole affectée avec risque d’insécurité alimentaire

Au-delà d’un impact sur les humains, la forte chaleur endommage aussi les cultures qui souffrent d’un réel problème d’hydratation comme l’explique, Jean Felix OUANGKAGUE ingénieur agronome, par ailleurs Délégué départemental de l’agriculture et du développement rural pour le Diamaré. ” Concrètement, il faut dire que cette vague de chaleur a considérablement réduit les résultats de la campagne de contre saison. Ceci non seulement à travers le tarissement des sources d’eau d’irrigation d’appoint (mares et autres points d’eau) mais aussi la baisse du niveau de la nappe phréatique d’où le tarissement de certains forages agropastorales. Force est ainsi de constater que les rendements des cultures de contre saison ont été fortement impactés. Nous parlons ainsi du sorgho, des oignons, des tomates et autres légumes produits entre le mois de janvier et le mois d’avril. Ces impacts corrélés avec d’autres facteurs comme l’inflation, ont maintenu les prix de ces denrées très hauts et ces prix continuent d’ailleurs leur hausse”.

Il est à noter que la dégradation des cultures et l’amoindrissement des récoltes entraînent de facto l’amenuisement de l’approvisionnement en denrées alimentaires des localités qui dépendent de ces productions pour la commercialisation et la consommation. Et c’est le spectre de l’insécurité alimentaire qui plane désormais sur les populations. Pour l’ingénieur agronome, parmi les mesures pour minimiser les effets de cette chaleur sur les cultures, il faudra désormais des semis très précoces, des semences adaptées et résistantes, faire des choix judicieux en matière des cultures en cette période, prévoir des moyens ou des infrastructures l’irrigation d’appoint, créer des barrages et des retenues d’eau, des diguettes et des digues pour la rétention d’eau entre autres.

La production animale et l’environnement menacés

Les animaux subissent les affres de fortes chaleurs

 

Il est clair que la forte chaleur qui s’abat actuellement dans les régions septentrionales constitue un danger réel pour le bien-être des animaux et leur santé, mais aussi une menace existentielle pour les éleveurs. Selon les explications du Délégué régional de l’élevage, des pêches et d’industrie animale pour l’Extrême-Nord, Dr vétérinaire Amadou Lahamdi, ” Les épisodes de fortes chaleurs sont synonymes de grandes souffrances pour les animaux qui dépensent de l’énergie pour maintenir leur température corporelle stable. Quand les animaux ne parviennent pas à la réguler, notamment lorsque la température extérieure grimpe, ils sont en situation dite de stress thermique. Ce qui entraine la baisse de la production de lait et de viande, chute de la fertilité, mortalité accrue… L’absence des chaleurs chez les femelles en âge de procréer et la diminution de la libido chez les males. En ce qui concerne la volaille, il y a une baisse de ponte chez les poules pondeuses, une baisse de prise de poids chez les poulets de chair et parfois quelques mortalités. Pour ce qui est de la volaille de la basse-cour, l’on observe un très faible taux d’éclosion”. Tout ceci engendre des pertes économiques qui se chiffrent à des milliards de Francs Cfa.

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Sur le plan environnemental, les longues périodes de forte chaleur entraînent la dégradation de la biodiversité, notamment des écosystèmes et des espèces. Les températures extrêmes affectent la physiologie des plantes et des animaux, perturbent leurs cycles de vie, leurs habitats naturels ainsi que leurs comportements. Par ailleurs, certaines espèces animales et végétales pourraient être poussées à migrer vers des zones plus fraîches ou confrontées à des risques accrus d’extinction.

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