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Nouvelles vagues de coups d’Etat en Afrique : Plutôt un signe de vitalité démocratique?

Louis Marie Kakdeu jette son regard d’observateur averti sur la multiplication des coups d’Etat en Afrique. Il pense qu’il ne faut pas se faire imposer une lecture exogène de la situation de la démocratie en Afrique.

Par Louis-Marie Kakdeu

Dr Kakdeu Louis-Marie

Beaucoup parmi nous, y-compris dans les milieux universitaires et de la presse internationale, continuent de considérer la démocratie comme étant synonyme du multipartisme ou mieux, de l’organisation des élections présidentielles. Il s’agit-là tout simplement de l’influence de la définition françafricaine issue du sommet de La Baule où le Président français, François Mitterrand, et ses dictateurs d’Afrique, avaient trouvé cette jolie formule pour échapper au vent de libération qui venait de l’Est et qui risquait de les balayer Tous. La France conditionnait alors « l’aide au développement » à l’organisation des élections. Les dictateurs d’Afrique devinrent alors des Experts en organisation des élections par conformisme. On appelait ça : « démocratie ». Pourtant, il n’en était rien !

On peut dire, si l’on veut être rigoureux, que la démocratie n’a rien à voir avec les élections et le multipartisme dans la mesure où les premières démocraties du monde, en ce moment, sont des monarchies. Du moins, il ne s’agit pas des régimes présidentiels. C’est le cas des pays nordiques d’Europe par exemple ou encore de la Suisse ou de la Belgique (La France n’en fait pas partie. Elle entre très difficilement dans le top 30 des meilleures démocraties du monde ou encore dans le top 50 de la liberté de presse) ! On se rappelle même que la Belgique a fonctionné pendant plusieurs années sans gouvernement ! C’est ça même l’expression de la démocratie ou encore, de ce ciment de la stabilité sociale. En Afrique, les yeux restent focalisés sur le poste de Président de la République à tort !

Comment évalue-t-on la qualité de la démocratie ?

Je m’en vais donner au moins 9 critères d’évaluation. Et vous verrez que les coups d’Etat en Afrique peuvent permettre d’atteindre au moins 7 des 9 critères, ce qui est plutôt positif !

1. La participation : La démocratie suppose que les citoyens participent aux prises de décisions les concernant. Vous connaissez l’adage : « Tout ce qui est fait pour nous sans nous est contre nous ». De nos jours, les nouvelles vagues de coups d’Etat semblent permettre aux citoyens de participer ou de s’auto-identifier aux actions menées. C’est un bon signal démocratique.

2. La représentation. La démocratie suppose que toutes les couches sociales soient représentées dans les instances de prise de décision. On parle de l’inclusion. En l’état, seule une minorité des prédateurs bénéficient de tous les pouvoirs et de toutes les richesses d’Afrique. La nouvelle vague de coups d’Etat semble remettre les pendules à l’heure. Elle semble arracher le pouvoir à l’élite prédatrice. Personne ne crachera dessus au sein de la masse populaire.

3. La transparence : La démocratie suppose le respect du droit à l’information. Jusqu’ici, l’opacité était considérée impunément comme étant la règle et le mécanisme de gouvernance. La nouvelle vague de coups d’Etat semble apporter la rupture en fournissant aux citoyens plus d’information sur la gestion de la chose publique.

4. Droits fondamentaux et libertés individuelles : Jusqu’ici, les citoyens étaient brimés et oppressés. Pire, les coups d’Etat françafricains supposaient l’atteinte à l’intégrité physique et morale des adversaires politiques. De plus en plus, l’on note l’arrivée d’une vague de coups d’Etat qui font moins de dégâts, pour ne pas parler comme les putschistes de « coups d’Etat sans effusion sanguine ». Quoi qu’il en soit, les citoyens semblent gagner en liberté à chaque nouveau coup d’Etat. La situation des libertés n’est plus jamais comme avant.

5. La sphère publique : La démocratie suppose l’ouverture de l’espace public. L’on observe que la nouvelle vague des coups d’Etat ne s’attaquent pas à l’espace public. Les citoyens vaquent très rapidement à leurs occupations et maintiennent leurs libertés de réunion ou d’association.

6. L’autonomie gouvernementale : On qualifie souvent nos chefs d’Etat de « sous-préfets de la France ». Fanon parlait de « peau noire, masque blanc ». Nos gouvernements ne sont pas autonomes et nos dirigeants ne décident pas en notre faveur. Jusqu’ici, les coups d’Etat permettaient d’écarter les « mauvais élèves » des puissances impérialistes. Ce temps semble révolu. De plus en plus, les coups d’Etat permettent de chasser les « bons élèves » de la Françafrique à l’exception du Tchad où l’on a vu le Président français à une cérémonie de transmission filiale du pouvoir.

7. Le développement humain et l’éducation : On oublie souvent que l’intérêt de la démocratie c’est d’améliorer les conditions de vie des citoyens. Jusqu’ici, l’on utilisait l’ignorance pour empêcher les citoyens d’être en mesure d’analyser les enjeux de la politique. Avec la digitalisation de l’information, de la communication et de la formation, la roue semble avoir tourné. La nouvelle vague de coups d’Etat permet de balayer les dirigeants qui travaillent à maintenir leurs peuples dans l’ignorance. Cette tendance permettra d’allier démocratie et développement. On n’aura plus des pays comme le Bénin que l’on considérait comme étant « démocratique » en raison d’une vingtaine d’alternance au pouvoir alors qu’il faisait partie des pays les plus pauvres du monde.

Je parlais donc de deux principes démocratiques seulement que violait la nouvelle vague de coups d’Etat en Afrique. Il s’agit de :

8. Les règles de droit : La démocratie suppose le respect des règles de droit. Pour cela, le fait de suspendre la constitution ainsi que les institutions républicaines est une violation des principes démocratiques. Toutefois, si l’on considère le non-professionnalisme de la magistrature et l’inflation de la corruption, alors la nouvelle vague de coup d’Etat serait plutôt considérée comme étant une mesure de justice sociale.

9. La libre compétition : La démocratie suppose la liberté d’entreprendre et la mise en compétition des postes. C’est éventuellement à ce niveau qu’interviennent les élections, juste comme un mécanisme, non exclusif, de désignation des dirigeants. Le problème des nouveaux putschistes est qu’ils ne s’arrangent pas à donner une légitimité populaire aux nouveaux dirigeants qu’ils désignent. C’est vrai que l’on a vu en Guinée-Conakry un processus de sélection des nouveaux membres du gouvernement très sélectif et très compétitif. On a eu un gouvernement de technocrates à observer avec attention.

En conclusion, je pense qu’il ne faudrait pas se faire imposer une lecture exogène de la situation de la démocratie en Afrique. Ceux qui vivent de l’intérieur semblent plutôt percevoir le passage d’un vent de liberté. Ces nouveaux coups d’Etat sont à considérer comme une réaction légitime du peuple à travers les militaires contre la mauvaise gouvernance et non forcément comme une régression démocratique. En tout cas, il faudrait analyser au cas par cas. Cette réaction du peuple à travers les militaires, dont la mission est de le protéger, pourrait être considérée comme étant une nouvelle forme d’expression de la démocratie directe en Afrique ou mieux, une nouvelle forme d’expression directe de la souveraineté du peuple (qui peut mettre fin à tout moment à un pouvoir pourtant élu précédemment).

Pour plus de détails sur la démocratie africaine, lire par exemple mon livre sur l’évaluation de « la qualité de la démocratie en Afrique Noire Francophone ». C’est disponible sur toutes les plateformes électroniques.

 

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