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Affaire Diane Yangwo : un verdict qui choque et indigne

Cinq ans de prison avec sursis et une amende dérisoire de 52 000, Fcfa telle est la peine infligée à Bekobe Éric après avoir battu à mort son épouse.

Le verdict rendu le 1ᵉʳ avril 2025 par le tribunal de grande instance de Bonanjo suscite une vague d’indignation. Bekobe Éric, reconnu coupable de coups mortels ayant entraîné la mort de son épouse Diane Yangwo, a été condamné à cinq ans de prison avec sursis et une amende de 52 000 Fcfa. Un jugement qui signifie qu’il recouvre immédiatement la liberté, sauf en cas d’appel.

Un crime minimisé par la justice

Le 18 novembre 2023, Diane Yangwo, enseignante, succombait aux coups de son mari après une violente agression devant témoins. L’autopsie a confirmé une mort causée par des violences physiques et une hémorragie interne abdominale. Pourtant, malgré la gravité des faits et la reconnaissance de culpabilité de l’accusé lors de l’audience du 4 mars, la peine prononcée est jugée dérisoire.

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Me Charlotte Tchakounte, avocate de la famille, dénonce une injustice flagrante. « La famille entend relever appel, mais l’idéal est que le ministère public le fasse ; seul son appel peut permettre une requalification des faits et une peine conforme à la gravité du crime ; cette affaire a été mal traitée dès le départ, car on parle ici de coups mortels alors qu’il s’agit d’un assassinat prémédité ; l’homme reconnaît les faits et des témoins affirment qu’il menaçait sa femme depuis au moins quatre ans », fait savoir à nos confrères de radio Balafon.

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L’avocate craint aussi les conséquences d’une telle décision. « Le verdict signifie que cet homme est libre, à moins qu’il ne récidive dans les cinq ans à venir ; cette décision est inimaginable ; elle banalise le féminicide et envoie un message terrible ».

Indignation générale

L’émotion dépasse le cadre juridique. Clarence Yongo, journaliste et promotrice de Griote, fustige une décision qui reflète « une image scandaleuse du Cameroun, une justice qui ne protège pas les femmes et qui légitime la violence conjugale ». Elle rappelle que Diane Yangwo a été rouée de coups en public, traînée au sol, puis chargée dans le coffre d’une voiture sous les yeux des témoins. « Le meurtrier a plaidé coupable ; comment peut-il sortir libre aujourd’hui ? », s’indigne-t-elle à l’émission Sacré Matin de ce mercredi 2 avril sur radio Balafon.

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L’actrice et productrice Flavienne Tchatat exprime son désarroi sur sa page Facebook. « Nuit très difficile… Il aurait pu être mon frère et je serais toujours inquiète ; à quel moment la justice a-t-elle estimé que cet homme est psychologiquement guéri ? Nous sommes en danger, croyez-moi, un tel jugement face à une famille encore sous le choc de la perte de leur fille, c’est trop dur », écrit la cinéaste. Sur le même réseau social Me Sikati, avocat, compare cette décision à d’autres affaires de féminicides jugées à l’étranger. « En France, un homme a été condamné à perpétuité pour avoir tué son épouse ; en Afrique du Sud, Oscar Pistorius a écopé de 13 ans de prison ; ici, un homme qui a battu sa femme à mort sort libre et paie une amende de 52 000 Fcfa ; qu’est-ce qui justifie cela ? une décision de justice doit avoir un rôle éducatif ; ce verdict banalise le féminicide et met d’autres femmes en danger », note-t-il.

La famille dispose de dix jours pour faire appel, mais seule une action du ministère public peut réellement renverser ce verdict. Face à l’indignation générale, la justice camerounaise est sous pression pour revoir sa décision et envoyer un signal fort contre les violences faites aux femmes.

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